Vaincre le Bégaiement : Oser Parler
La plupart des personnes qui bégaient n’ont pas le même rapport au téléphone selon le contexte. Passer un appel à un proche ou appeler la banque pour une question toute simple, ce n’est pas comparable à un appel professionnel où l’enjeu peut être fort : convaincre, répondre à un client, s’exprimer devant une collègue ou un supérieur.
Cette pression fait que le corps « se prépare », parfois trop, au stress : c’est là que les tensions s’installent.
Tu as peut-être déjà connu ce moment où, juste avant de composer le numéro, ta nuque se contracte et ta mâchoire se ferme presque par réflexe. Certains décrivent une sensation de “bloc”, d’autres un vrai verrou alors qu’ils n’essayaient même pas de parler.
Ce n’est pas juste “de la nervosité” : il s’agit d’une réaction physiologique de protection. Le corps anticipe un danger (être jugé, être incompris), se rigidifie pour “tenir le coup”. Le problème ? Plus on “se tient”, moins la parole circule.
L’anticipation du blocage fait naître la tension. Plus la tension monte, plus la parole se bloque… ce qui valide l’anticipation. Un cercle vicieux s’installe, souvent à bas bruit, bien avant l’appel lui-même.
Ce schéma est bien connu en orthophonie, et il concerne autant les débutants que les personnes qui ont “l’habitude”. (Source : Sage Publications, 2022 ; British Stammering Association).
| Zone de tension | Conséquence directe | Effet sur le bégaiement |
|---|---|---|
| Nuque / cervicales | - Respiration raccourcie - Moins de mobilité vocale - Hausse du tonus général | - Accroissement des blocages - Augmentation des répétitions - Fatigue rapide lors de la parole |
| Mâchoire | - Diminution de l’ouverture orale - Difficulté à produire certains sons - Apparition de tics secondaires (grimaces, mouvements du visage) | - Blocages sur des voyelles ou consonnes “explosives” (p, b, m, t, d, etc.) - Parole saccadée, hachée - Tendance à accélérer ou à chuchoter pour “passer en force” |
La raideur des cervicales gêne la coordination souffle-parole. Quand la mâchoire est verrouillée, les premiers sons ne sortent pas ou “coincés “, créant un coup d’arrêt qui nourrit l’envie d’éviter la suite de la phrase. Parfois, le simple passage d’une tension basse à une tension haute suffit à tout basculer, alors que la parole allait relativement bien juste avant.
Il est utile de rappeler que ces comportements sont des tentatives de s’adapter : vouloir tenir, serrer, se concentrer pour éviter de “perdre la face” ou de “faire honte”. Mais à l’épreuve, cette logique se retourne contre la parole.
Il ne s’agit pas “d’éliminer le stress”, ni d’obtenir un relâchement parfait – ce n’est pas réaliste –, mais de remettre un peu de mouvement, d’air, de souplesse là où tout s’est figé.
Ces gestes simples ne relèvent pas de “la relaxation magique”, mais permettent de donner un signal concret au corps : “Tu as le droit d’être mobile, ici ça peut bouger”. On sort ainsi du tout mental.
C’est ce travail patient, non spectaculaire, qui permet d’avancer, appel après appel.
La tension cervicale et la mâchoire serrée ne sont pas la cause unique du bégaiement au téléphone professionnel, mais elles l’aggravent très souvent, en coupant la parole de son mouvement, de son ancrage et de l’élan naturel. Repérer, comprendre, accueillir ces tensions permet d’ouvrir un peu l’espace de choix : tu peux tenter “un peu plus de mouvement”, “un peu plus d’air”, sans que la situation devienne pour autant idyllique.
Ce que tu peux tester : la prochaine fois que tu t’apprêtes à passer un appel pro, prends 30 secondes pour masser ta nuque ou ouvrir doucement ta mâchoire (même sans que personne ne te voie). Observe simplement, sans pression, comment la parole vient dans les premiers mots. Parfois, c’est juste une note de différence, mais sur la durée, ça change la dynamique.
Rappelle-toi : progresser, ce n’est pas cacher le bégaiement, ni “se relâcher pour parler parfaitement”, c’est avancer pas à pas vers plus de liberté de choix, même au cœur d’une situation à enjeu.